qalc.studio

j’ai construit un site entier avec l’I.A (et voici ce que ça ne dit pas)

Pendant cinq semaines cet été, j’ai construit le site d’un studio de design dijonnais sans écrire une ligne de code moi-même. Voici ce que ça donne vraiment — et surtout, tout ce que « 100 % IA » ne dit pas.

QALC, ou des sculptures fonctionnelles imprimées en 3D

QALC est un studio de création d’objets imprimés en 3D pour l’habitat, installé à Dijon. Des luminaires, des miroirs, des cache-pots — des pièces qui tiennent autant de la sculpture que de l’objet utile. Leur ligne directrice tient en une phrase, celle qui ouvre leur page d’accueil : « Sculptures fonctionnelles pour habiter la lumière. »

Un catalogue pareil pose un problème de présentation évident. Une photo de lampe, aussi bonne soit-elle, ne rend pas le volume d’un objet imprimé couche par couche. Et quand chaque pièce existe en plusieurs coloris, multiplier les shootings devient vite intenable. C’est le point de départ du site : montrer des objets en trois dimensions, pas des images d’objets.

Ce que le site sait faire

Une visionneuse 3D sur chaque fiche produit

Le cœur du site. Chaque produit peut embarquer son modèle 3D, que le visiteur fait tourner à la souris ou au doigt. Trois choses s’y sont greffées au fil des semaines :

  • Un sélecteur de couleurs — le visiteur change le coloris de la pièce en direct, sans recharger. Les teintes disponibles se règlent produit par produit depuis l’administration.
  • Un interrupteur allumé / éteint sur les luminaires. Une lampe éteinte, c’est un objet ; allumée, c’est une ambiance. Les deux méritaient d’être montrées.
  • Un bouton réalité augmentée — sur mobile, l’objet se pose dans votre salon à l’échelle réelle. Sur un cache-pot ou une lampe de 70 cm, ça règle la question « ça fait quelle taille en vrai ? » mieux que n’importe quelle cote.

Un catalogue rangé en collections

Les pièces sont regroupées en collections thématiques, chacune avec sa page. Les fiches produit affichent matière, dimensions, année, et un prix — ou la mention « sur devis » quand la pièce est personnalisable. Rien de révolutionnaire, mais c’est la plomberie qui fait qu’un site de studio ressemble à un studio et pas à une boutique en ligne générique.

Une demande de devis qui accepte les pièces jointes

Le formulaire de contact permet d’envoyer un fichier — croquis, plan, photo d’un espace. Côté studio, chaque demande réelle déclenche une notification immédiate sur téléphone. Et pour ne pas transformer le site en dépotoir de données personnelles, les pièces jointes s’effacent automatiquement au bout de trente jours. Cette purge tourne toute seule, sans intervention.

Une administration que le client utilise sans moi

C’était une condition non négociable. Ajouter un produit, changer une photo, publier une collection : tout se fait depuis une interface d’administration, sans passer par un développeur. Les champs obligatoires sont signalés, les identifiants d’URL générés proprement. Un site que le client ne peut pas faire vivre lui-même est un site mort à six mois.

Une page d’attente avant l’ouverture

Le site n’est pas encore ouvert au public. En attendant, les visiteurs tombent sur une page de lancement où ils peuvent laisser leur e-mail pour être prévenus. Ce rideau se lève d’un simple réglage dans l’administration, sans toucher au code.

« 100 % IA » : ce que ça veut dire, et ce que ça ne veut pas dire

Tout le code de qalc.studio a été écrit par Claude Code. Je n’ai pas tapé de HTML, pas de CSS, pas de JavaScript. Le site tourne sur Astro, en pages statiques déployées chez Vercel — un choix qui donne des pages qui s’affichent instantanément et une facture d’hébergement proche de zéro.

Maintenant, la partie honnête. Le dépôt compte 116 commits étalés du 10 juillet au 16 août. Ça ne ressemble pas à « j’ai demandé un site et il est sorti ». Ça ressemble à cinq semaines d’allers-retours, et l’essentiel de mon travail a porté sur quatre fronts.

1. La direction artistique

C’est là que l’IA a eu le plus besoin de moi. Une IA produit un site correct par défaut ; elle ne produit pas ce site-là. Le titre d’accueil qui se compose mot par mot au chargement, la page 404 avec son imprimante 3D animée, le ton des textes, la position exacte du bouton AR : chacun de ces détails a demandé plusieurs itérations et des arbitrages que personne d’autre que moi ne pouvait trancher. Le goût ne se délègue pas.

2. Le débogage sur appareils réels

Les bugs les plus coriaces ne se voyaient jamais sur mon écran. Un débordement horizontal sur le formulaire de contact, visible uniquement sur iOS. Des titres animés qui restaient invisibles en haut de page selon l’ordre de chargement. Une photo d’accueil qui « disparaissait » chez certains visiteurs sans que rien ne le justifie côté serveur. Ce genre de chose se trouve en ouvrant le site sur de vrais téléphones, pas en relisant le code. L’IA corrige très bien un bug qu’on lui décrit précisément — encore faut-il l’avoir vu.

3. La sécurité et la conformité

C’est le front où j’ai le plus insisté, et celui où je recommande de ne jamais faire confiance à une première version. J’ai fait auditer le site, y compris en demandant explicitement d’essayer de le casser. Résultat : plusieurs points à durcir, dont un défaut réel sur la protection de la page d’attente, corrigé depuis. L’envoi de fichiers a été restreint (origine, taille, destination), le stockage des documents rendu privé, les mentions légales et le volet RGPD écrits pour de bon.

La leçon, si vous ne deviez en retenir qu’une : une IA écrit du code qui fonctionne bien avant d’écrire du code qui résiste. La différence est entièrement à votre charge.

4. La performance et le référencement

Un audit en juillet a mis en évidence une série de dépendances externes discrètes : polices et bibliothèque 3D chargées depuis des serveurs tiers, à chaque visite. Tout a été rapatrié sur le domaine. S’y sont ajoutés un plan de site propre, un fichier robots correct, des en-têtes de sécurité et une mise en cache longue sur les fichiers qui ne bougent jamais. Ce travail-là ne se voit pas — c’est exactement pour ça qu’il faut le demander explicitement.

Ce que j’en retiens

Le rapport de force a changé. Sur un projet comme celui-ci, la production de code n’est plus le goulot d’étranglement : elle est quasi gratuite et quasi instantanée. Ce qui coûte du temps, désormais, c’est de savoir quoi demander, de tester sur le terrain, et de refuser la première version quand elle est seulement « correcte ».

Autrement dit : l’IA a supprimé la barrière technique, pas la barrière du jugement. Cinq semaines de travail restent cinq semaines de travail — elles se sont juste déplacées vers la direction artistique, les tests réels et la sécurité. Franchement, c’est le bon échange.

qalc.studio ouvre bientôt. Je mettrai ce billet à jour le jour du lancement.